Types :

Warning: count(): Parameter must be an array or an object that implements Countable in /home/clients/2d5b5174c62fd1922d4331c24f8bfa9d/web/notes/single_post.php on line 46
Thèmes :

Warning: count(): Parameter must be an array or an object that implements Countable in /home/clients/2d5b5174c62fd1922d4331c24f8bfa9d/web/notes/single_post.php on line 58

L'exploitation des pierres en Queyras ... et environs

Le visiteur qui entre en Queyras par la porte Sud traverse un gisement de manganese (les "roches violettes"). Il s'agit de laves qui se sont épanchées il y a environ 200 millions d'années quand le continent du Gondwana commençait à se fracturer. Pour des raisons économiques et écologiques, ce gisement n'a jamais été exploité. Mais il existe d'autres exploitations documentées en Queyras et environs ...

f-roches-violettes.jpg

Les fabriques de haches au Mont Viso (5200 BC/ 4900 BC)

Les techniques de fabrication de haches en variété de jade et leur commercialisation sont bien documentées [1]. Les ateliers établis à Bulé et Porco-Rasciassa, soit à environ 10km de la réserve naturelle nationale de Ristolas, ont été fouillés et les méthodes de travail rapportées. Ces haches ont été retrouvées dans toute l'Europe jusqu'au Danemark et en Angleterre. Il semble d'ailleurs qu'en raison de la rareté du matériau et de la difficulté à le travailler, ces haches n'étaient pas des outils, mais plutôt des objets de valeur.

L'utilisation de ce matériau de type NaAl(Si2O6) plus impuretés a fait l'objet de nombreuses publications, en raison de sa distribution géographique très large, de la Chine jusqu'aux civilisations olmèques sud américaines.

hache en jadeitite

Les mines de cuivre de Saint-Véran (2500 BC / 1800 BC)

Le gisement est issu de sources hydrothermales sous-marines en fond océanique. Les travaux miniers et l'exploitation métallurgique associée ont fait l'objet de plusieurs fouilles et publications [2]. Le volume exploité semble avoir atteint environ 10 000 m3 pour une production de cuivre qui aurait pu atteindre 1400 tonnes.

Les techniques métallurgiques utilisées, notamment pour atteindre les 1300°C nécessaires aux purifications, restent peu connues. Les conditions humaines d'exploitation restent également mal établies.

minerai de Bornite

Les fours à chaux

La forêt en Queyras a certainement été à certains moments surexploitée pour des usages industriels : Production de charbon de bois destiné à la métallurgie du fer (les fusines d'Arvieux), production de goudron (les fours à poix) et production de chaux. Les fours à chaux en Queyras ont fait l'objet d'une étude portant sur une quarantaine de fours retrouvés [3].

La chaux était utilisée dans la construction, avant la découverte du ciment, selon la réaction réversible :

CaCO3 + chaleur -> CaO + CO2

CaO + CO2 atmosphérique -> CaCO3

Sa préparation, en raison de la quantité de bois nécessaire, était une oeuvre collective. Il fallait en effet alimenter le foyer de manière continue durant plusieurs jours (et nuits), ce qui supposait une préparation préalable d'un grand volume de bois.
Cette activité a été réduite puis a disparu en raison de la protection des forêts instituée en 1827.

croquis d'un four à chaux

Les pierres décoratives

Avant 1930, différents gisements de serpentines, roche lamellaire verte, ont été exploités à Saint-Véran, Ceillac et Cervières. La possibilité de reprendre une exploitation a fait l'objet d'une étude du BRGM [4].

Au dessus de Guillestre, au lieu dit Combe-Chauve se trouve une importante carrière de marbre rose en activité depuis plusieurs décennies. Certaines veines contiennent de nombreux fossiles, notamment des ammonites. Le dallage de la place Joseph Salva à Guillestre est entièrement réalisé en marbre rose et ammonites. Ces mollusques marins aujourd'hui disparus permettent de dater précisément les couches de sédiments dans lesquels on les trouve (dans une zone -400 / -60 millions d'années).

ammonite

L'amiante

L'amiante est une forme fibreuse de silicates, qui fût utilisée pour le calorifugeage et le renfort fibreux d'autres matériaux (ciment, PVC, ...). Son emploi fût totalement interdit en 1997 après une longue accumulation de preuves de toxicité.

Une mine fut exploitée au val de Peas, au dessus de Soulier et du Rouet, de 1928 à 1955. Dans un article très documenté [5], Jean-Gérard Lapacherie a décrit l'histoire de cette mine, histoire dominée par des intérêts stratégiques nationaux et par des initiatives extérieures au Queyras.

bloc d'amiante

Le tuf

Une tufière résulte de la précipitation de calcaire lors de l'émergence d'eaux souterraines chargées en carbonates et dioxyde de carbone [6]. Cette précipitation emprisonne des débris végétaux. Une tufière est donc un milieu souvent biologiquement très riche.

Le matériau, qui est en fait un précipité, est tendre et facile à travailler. Il était souvent utilisé pour tailler des auges. La voute de l'Eglise Saint-Romain de Molines est réalisée en tuf.

bloc de tuf

Références :


Les références sont nombreuses. Pour chaque thème on ne cite qu'une publication, librement disponible sur le web, mais celle-ci contient de nombreuses références.

[1] P. Petrequin et al. Les carrières néolithiques du Mont Viso (Piémont, Italie). Chronologie et conditions d'exploitation. Bulletin d'Etudes Préhistoriques et Archéologiques Alpines, Aoste 2007.

[2] L. Carozza et al. Mine et métallurgie en haute montagne dès la fin du Néolithique et le début de l'âge du Bronze : l'exemple de Saint-Véran en Haut-Queyras. Istituto italiano di preistoria e protostoria, Atti della XLIII riunione scientifica, pp.151-155, 2011.

[3] M. Falchi, Les fours à chaux, de l'âge d'or à la disparition, Queyras Passion Magazine, 2017.

[4] L. Damiani, Les pierres marbrières provencales / Les potentialités du Queyras et du sud Briançonnais, BRGM, mai 1989.

[5] J.-G. Lapacherie, L'amiante en Queyras (1928-1954), Bulletin de la Société d'Etudes des Hautes-Alpes, 2022.

[6] M. Brotto, Karst de gypse et accumulations de tufs en Queyras. In: Méditerranée, troisième série, tome 57, 1-2-1986.