En février 1857 Pierre Blanc "de laï" écrit à son frère aîné Jean, placé à Lyon :
Je suis toujours à l'école [de la Chalp d'Arvieux] et j'en profite tant que je peux, ainsi je ne quitte pas jusqu'à la fin du mois de mars; Cet hiver je dépense 5 francs, mais je ne les regrette pas parce que j'ai beaucoup appris.
Il a 17 ans. Même en comptant le fait que les enfants travaillaient aux champs dès la bonne saison, qu'apprenait-on à l'école primaire à 17 ans ?
Un cahier conservé de son fils Jean-Pierre qui fréquente également l'école de la Chalp 40 années plus tard, à 17 ans également, nous indique un peu de ce qui était appris.
Les habitants d'Arvieux utilisent le terme "corvée" pour une activité non rémunérée d'intérêt collectif.
Les contraintes physiques de la montagne ont toujours imposé des travaux d'entretien qui ne pouvaient se réaliser que par une action commune. Les chemins en pente sujets au ravinement, les chutes de pierre, le colmatage des canaux, le déneigement des chemins, ... supposent des travaux réguliers. Il était également nécessaire d'entretenir et de gérer certains équipements communs : le four, la fontaine, ...
Qu'en est-il aujourd'hui ?
"Tous ce que j'ai appris d'utile, je l'ai appris en maternelle" est le titre d'un petit livre publié par Robert Fulghum en 1986.
Les anciens queyrassins n'étaient pas toujours très instruits mais arrivaient à vivre dans un environnement rude et ont su s'implanter dans des environnements étrangers. Leur éducation leur a permis beaucoup.
Un moment donc pour revoir ce que nous avons appris en maternelle ...
Plusieurs raisons expliquent que la mémoire du Coin d'Arvieux soit relativement accessible.
Sans prétendre faire oeuvre d'historien, il est alors tentant de découvrir et d'essayer de présenter la vie, le travail et la société qui ont conduit à l'état d'aujourd'hui.
Il est aussi tentant de mesurer la distance entre la réunion des preuves collectées et un récit.
A Arvieux, quand on parle de Furfande, les visages s'éclairent et les yeux pétillent.
Qu'ajouter à ce qui a déjà été écrit sur Furfande ? Mais pour ceux qui ne connaissent pas, quelques mots d'introduction ...
Le visiteur qui entre en Queyras par la porte Sud traverse un gisement de manganese (les "roches violettes"). Il s'agit de laves qui se sont épanchées il y a environ 200 millions d'années quand le continent du Gondwana commençait à se fracturer. Pour des raisons économiques et écologiques, ce gisement n'a jamais été exploité. Mais il existe d'autres exploitations documentées en Queyras et environs ...
La commune d'Arvieux comprend une dizaine d'agglomérations, ayant chacune un environnement et un style propre.
Ces différences donnent parfois lieu à des histoires drôles (nos "blagues belges"). Elles sont aussi le début d'une réflexion sur la diversité ...
Les vacanciers gardent de bons souvenirs de leurs vacances en Queyras, des paysages parcourus, des gens rencontrés, des activités réalisées.
Les queyrassins qui avaient quitté leur pays pour tenter leur chance dans les métropoles voisines conservaient une mémoire lumineuse de leur enfance. Ils se réunissaient entre eux et évoquaient les coutumes, les légendes, les nouvelles, ...